Art / Redressement productif

Bonne nouvelle pour la création culturelle! La Commission Européenne vient d’annoncer le lancement du programme « Europe créative », un programme doté de 1,8 milliard d’euros sur la période 2014-2020. C’est une pleine reconnaissance des enjeux économiques et sociétaux induits par l’investissement créatif et culturel.

Ainsi, à l’instar de la Commission Européenne, de nombreuses études internationales mesurent l’importance des effets directs et indirects de l’investissement dans la création et la culture. Selon ces études, un euro de dépense culturelle engagé par une ville se traduit par 33 euros de PIB (produit intérieur brut)  supplémentaires par habitant dans la ville en question.

En plus, il a été montré que les entreprises investissant dans les ressources créatives affichent 25% de chances supplémentaires de créer des produits innovants. Et au-delà de cet apport de valeur économique, il ressort que l’investissement culturel renforce la cohésion sociale, un effet diffus mais aux retombées immenses.

La culture et la création représentent entre 3,3% et 4,5% du PIB européen et emploient entre 7 et 8,5 millions de personnes. Elles irriguent le système productif et les territoires, ainsi, par exemple, il faut noter qu’à peu près 60% des acteurs du secteur des industries culturelles et créatives sont des TPE (très petites entreprises), mais ça représente aussi l’existence de graves faiblesses, parce que 50% de ces TPE n’ont pas une stratégie de financement qu’à 1 an et que 20% n’en ont pas du tout.

Ce type de carences explique pour une large part la fragilité de ces acteurs en relation à leur pérennité, alors que leur valeur ajoutée pour l’écnomie et la société ne sont plus à démontrer. Dans cette période de crise économique et financière de façon encore plus évidente, les investisseurs et les financements bancaires sont frileux et ne saisissent pas les opportunités réelles qu’offrent ces activités. Car, paradoxalement, cette fragilité de financement ne résulte pas au fond d’un problème de rentabilité structurelle, la culture n’étant pas plus risquée que la haute technologie. En général, investir dans la culture, ce n’est pas jouer à la loterie, tout de même…

Pour dépasser les blocages actuels, il faut que créateurs, artistes, investisseurs et financiers puissent parler un langage commun pour évaluer ensemble la portée des projets et leurs risques réels. En effet, qu’ils soient en démarrage ou en phase de pré-lancement ou de pré-commercialisation, les acteurs de la création et de la culture peinent à consolider leur dossier de pré-financement, souvent parce qu’ils n’ont ni la formation nécessaire, ni le temps ni tout simplement la connaissance des rouages de financement afin d’optimiser la présentation des qualités de leur projet. Or, l’essentiel pour le manager culturel est de convaincre (au-delà de ses proches) le premier investisseur de la pertinence de son projet, de la viabilité de son oeuvre et de la pérennité de sa démarche.

Peut-être qu’il serait intéressant de mettre en route un cadre de référence intégrant indicateurs quantitatifs et qualitatifs pour que les projets à dimension culturelle puissent être évalués sous toutes leurs dimensions. A mon avis, chacun doit faire un pas vers l’autre. Les artistes, les métiers d’art, les créateurs de tous horizons doivent mieux s’intégrer dans les règles qu’imposent l’économie, tandis que les investisseurs doivent appréhender la création et la culture comme une activité attractive disposant de ses propres codes où il convient, entre autres, de ménager la liberté d’expression des talents.

Il s’agit ni plus ni moins de favoriser l’émergence de générations ‘d’entrepreneurs culturels’ et ‘d’investisseurs culturels’ ou bien de figures intermédiaires qui soient capables de mettre ensemble les uns et les autres sur la base de codes, languages et objectifs partagés. Et tout cela, sans oublier que, au regard des larges retombées sociales et économiques de ces projets culturels, les pouvoirs publics doivent aussi participer au financement des structures et des acteurs en devenir, en particulier en la phase d’amorçage. Les champs de la culture, comme j’ai déjà signalé à plusieurs reprises, sont un domaine où investissements privés et publics doivent se compléter, où le concept de partenariat public-privé (PPP) peut acquérir tout son vrai sens.

Dans ce domaine des idées pratiques, pourquoi ne pas réféchir à ce qu’une partie des fonds des programmes existants (comme « Europe créative ») soient affectés à des agences de développement -à créer- pour aider à structurer la dimension économique des projets à dimension culturelle, en fonction des attentes et critères des investisseurs (business plan et structuration financière de l’offre).

Et en cette période de restrictions budgétaires, il faudra aussi mobiliser les financements privés. Une autre idée pratique serait de développer le financement collectif (‘crowdfunding’, en terminologie anglophone) dans la création et la culture. Les Etats Unis l’ont déjà fait avec leur loi « Jumpstart Our Business Startups Act », votée cette année pour stimuler l’émergence de créateurs innovants grâce au mécanisme de financement collectif. Les projets éligibles peuvent lever jusqu’à 50 millions de dollars auprès de 1000 investisseurs (avant inscription à la Stock Exchange Commission, SEC). Tout particulier peut investir dans ces projets jusqu’à 10000 dollars plafonnés à 10% de son revenu annuel. Il faudrait que l’Europe favorise l’émergence de ce type de dispositif en l’adaptant à notre environnement réglementaire et fiscal, qui devrait être moins morcellé et moins local.

Investir dans la création, la culture, les métiers d’art…c’est investir dans l’avenir. Mais la créativité dans la constitution de modèles de financement n’est pas le moindre des défis à relever.

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