Contrefaçon artistique

Contrefaçon artistique

Dans le domaine de l’industrie en général, et des industries du luxe et pharmaceutiques en particulier, on parle souvent du phénomène de la contrefaçon. Pour l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), la contrefaçon se définit “comme la reproduction, l’imitation ou l’utilisation totale ou partielle d’une marque, d’un dessin, d’un brevet, d’un logiciel ou d’un droit d’auteur, sans l’autorisation de son titulaire, en affirmant ou laissant présumer que la copie est authentique”.

Dans le domaine des arts on peut parler aussi, à juste titre, de cette réalité, qui est plus présente et plus frappante dans le domaine de l’art contemporain. Analysons, donc, le phénomène sous quelques exemples.

Comme le signale Alix Fourcade sur une note de l’Agence France Presse (reproduite sur Le Figaro du 9 mars 2017), le célèbre plasticien américain Jeff Koons a été déclaré coupable d’avoir copié le photographe français Jean-François Bauret (mort en 2014) pour sa sculpture Naked. Le Centre Pompidou devra également verser une amende aux ayants droit. Voilà une belle connivence entre une star du bling-bling artistique et un centre d’art contemporain, qui a vécu certainement des meilleures heures…

À noter que c’est après deux ans de poursuites que, finalement, l’épouse de Jean-François Bauret a obtenu gain de cause. La justice française a condamné le 9 mars dernier à des dommages et intérêts Jeff Koons, estimant que sa sculpture «Naked», représentant deux enfants nus, était bien la «contrefaçon» d’un cliché du photographe français Jean-François Bauret.

La société Jeff Koons LLC, dont l’artiste est le gérant, et le Centre Pompidou d’art contemporain de Paris devront verser ensemble 20.000 euros aux ayants droit du photographe,  en réparation du préjudice subi, auxquels s’ajoutent 20.000 euros pour leurs frais de justice.

Jeff Koons LLC devra payer 4.000 euros supplémentaires à la famille pour avoir reproduit l’œuvre litigieuse sur son site internet, selon le texte du jugement. L’artiste, l’un des plus cotés du monde, n’était pas condamné à titre personnel, mais via la société qu’il gère, a précisé le tribunal.

Les juges ont également rappelé que l’œuvre litigieuse n’avait pas été exposée au Centre Pompidou, comme prévu,  pendant une spectaculaire rétrospective consacrée à Jeff Koons, de novembre 2014 à fin avril 2015 qui a attiré plus de 650.000 visiteurs, officiellement en raison de dommages subis pendant le transport. Mais la sculpture «était déjà reproduite sur les supports de l’exposition en vente au public» et a été montrée dans divers reportages, a rappelé le tribunal.

Naked est une œuvre réalisée en 1988 par Jeff Koons, connu pour son Balloon Dog, sculpture figurant un chien en ballon de baudruche. Cette sculpture en porcelaine, haute d’un peu plus d’un mètre, représente deux enfants nus: un petit garçon offrant à une petite fille un bouquet de fleurs, avec quelques éléments de décor kitsch (cœur rose, fleurs, draperie). Un exemplaire de «Naked» a été vendu huit millions de dollars en 2008…une contrefaçon assez chère (!)

Pour le tribunal, cette sculpture est bien une «contrefaçon» du cliché Enfants réalisé par Jean-François Bauret et diffusé en 1975 sous forme de carte postale, représentant deux enfants nus, dans une pose identique. Pour les juges, les variations apportées par Jeff Koons «n’empêchent pas de reconnaître et d’identifier les modèles et la pose» qui sont «des éléments essentiels protégés» de la photo de Jean-François Bauret, considéré comme un pionnier du «portrait nu» en France.

L’artiste avait déjà été assigné en justice pour contrefaçon en 2014 pour son œuvre Fait d’hiver. Un publicitaire l’avait accusé alors d’avoir plagié une réclame de la marque Naf Naf.

Voilà le cercle vicieux : d’un côté, un industriel de l’art (Jeff Koons) qui ne respecte les règles de la propriété intellectuelle et fait des copies d’œuvres d’autres artistes, sans le reconnaître ; d’autre part, la publicité et la patine de bon marché qui lui donne un centre d’art contemporain prestigieux (ou soi-disant prestigieux) comme le Centre Pompidou de Paris ; en plus, de critiques d’art qui n’exercent qu’un rôle d’accompagnement et d’animation ; et, cerise sur le gâteau, un public avide du bling-bling qui accepte le kitsch qu’on lui offre comme si c’était du bon…Simple et pure spéculation +sottises +silences complices +épater le bourgeois = le cycle idéal pour la contrefaçon systémique et systématique. Mon Dieu, que des bêtises !

 

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