Art / Culture

Tout le monde accepte que la culture joue un rôle important pour créer des liens entre les gens, entre les peuples; pour assouplir le dialogue; pour construire, ou au moins pour essayer de construire, une vision partagée du futur; pour apporter son concours à la diplomatie; et pour revitaliser ou aider à instaurer les conditions qui font possible la paix ; la paix, non en tant qu’absence de guerre, mais la paix des esprits.

Mais il faut aussi constater qu’à côté de ces objectifs globaux, de l’espoir dans ce rôle majeur pour la culture, les paradigmes ont changé. Notre monde interdépendant et mutant, induit des changements à tous les niveaux: sur le statut de l’artiste, sur le rôle de l’intellectuel, sur l’identité de l’écrivain, sur la place des langues, sur la maitrise des nouveaux outils d’information et de communication,…Cette fugacité des situations acquises et l’ubiquité des idées ou des œuvres imposent, certainement, des règles de jeu inédites.

De temps en temps j’ai l’impression qu’on veut imposer, nous imposer, une espèce de ‘culture monde’, un magma qui veut envahir la planète, et à laquelle on ne peut résister, s’il le faut, qu’avec le patrimoine personnel et collectif et avec la créativité. De mon côté, j’y suis pour cette résistance contre cette soupe préfabriquée qu’on nous serve n’importe où, qui n’a aucune valeur et que surtout a horreur de la différentiation. Cette ‘culture monde’ est à la culture c’est qu’est le fast-food à la cuisine, le prêt-à-porter à la couture, l’internationalisme à la politique ou le fil musical à un concert. Peut-être confortable mais insipide, peut-être utile mais sans couleur, peut-être pétillante mais sans goût. Elle est surtout, à mon avis, anesthésiante.

Devant ce phénomène de soupe culturelle globalisé, réchauffée et insipide, il faut offrir une résistance et une alternative. Derrière ce bruit de la communication mondialisée et éphémère, la culture doit tisser sa toile à elle, en créant des liens, en repérant les influents et en motivant les essentiels de demain. Il nous faudra pour réussir dans cette démarche des opérateurs à vocation de passeur, de médiateur, de veille. Il s’agit de se trouver au bon moment dans les endroits qui comptent avec les artistes qui s’imposeront.

Il faudra inventer les moyens localement adaptés pour coopérer, diffuser et féconder la création. C’est un travail quotidien d’assimilation et de repérage, qui crée la confiance avec les artistes, les autres opérateurs et les milieux professionnels. Cette fertile immersion n’est pas toujours visible du grand public, mais elle est vitale et doit être efficace. Les entreprises culturelles présentes au monde, ou qui veulent y être, l’ont bien compris.

Cette méthode doit faire émerger les grands noms des artistes de demain. En tout cas, il faut remédier à la dispersion des forces culturelles, et pour se présenter à l’extérieur, pour mener le combat de la présence et du futur, il faut bien compter avec un ou plusieurs opérateurs solides et bien implantés partout.

La culture, d’ailleurs, ne se résume pas à des productions de l’esprit ou de l’art. Elle relève aussi d’une expertise dans sa mise en œuvre. Le savoir-faire des grands musées ou des grands architectes, notamment, doit être promu pour être convoqué dans le monde entier. Même, s’il y en a, les opérateurs culturels seront également sollicités pour leur aptitude à créer des réseaux, à mobiliser les créateurs, à imaginer des événements qui animent les territoires et forment les publics. Cette ingénierie culturelle doit être utilisée, ou doit se mettre en place, pour mener une action culturelle active et efficace, si on veut avoir une influence et une présence durables.

Ce va-et-vient permanent se coule dans la fluidité du monde d’aujourd’hui. Il ne s’agit plus, à mon avis, de poser un modèle figé qu’autrui serait prié d’admirer. L’influence culturelle s’exerce par tous les moyens qui installent des partenariats durables. Des partenariats basés sur les concepts de décloisonnement, partage, réciprocité, accueils mutuels, projets pluridisciplinaires et transversaux, créativité, recherche, plates-formes numériques ouvertes, etc.

Epouser les mouvements du monde doit être la vocation des formes culturelles. Une vocation ancrée pour donner des impulsions, comme ces ailes d’un papillon qui éveilleront, peut-être, des orages désirés. Au fond, on revient au sens originaire: la culture est un art de semence, de fécondation, de binage, pour les moissons de demain. L’influence devra passer par ces nouvelles formes de transgénèse, qui est l’éternelle matrice des civilisations.

L’art étant une composante de la culture, tous les concepts énoncés précédemment s’y appliquent. Pour le futur de l’art il faudra créer des liens entre artistes, faciliter le dialogue, repenser son statut et son rôle, mettre en place ou renforcer les opérateurs culturels, féconder la création, la diffuser, propulser les entreprises culturelles, renouer avec la confiance des artistes ou leur en donner, mettre en avant le savoir-faire de nos musées et des nos institutions culturelles, imaginer des événements, établir les bases de partenariats durables, avancer vers la création ou consolidation de résidences partagées, nourrir des projets pluridisciplinaires et transversaux dans le monde des arts et de la culture, créer ou soutenir des plates-formes numériques, épouser les mouvements du monde…

Vaste programme, mais un programme chargé de futur et d’espoir. Allons-y!

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