Barceló inasséché

Barceló inasséché

Miquel Barceló, qui s’est fait rare ces dernières années, viens de présenter des nouvelles toiles sous la verrière parisienne de la galerie Thaddaeus Ropac, après la fermeture de celle d’Yvon Lambert, qui le représentait auparavant. Dans les deux espaces du Marais, il a présenté 17 nouveaux tableaux de grandes tailles qui viennent du bleu de la mer et du sable rose de Majorque (Baléares), où il est né, à Felanitx précisément, en 1957, a grandi et passe encore la moitié de son temps.

Les œuvres sont de première fraîcheur, d’où le titre générique : «Inassèchement». «Pendant que je dors ou que je lis, mes tableaux, couchés par terre, sèchent lentement à cause de l’humidité de l’île. Ce délai est très important. La toile est peut-être achevée, mais elle ressemble par moments à une flaque où tout peut changer en un instant», écrit-t-il.

L’artiste qui, depuis une trentaine d’années, partage sa vie entre Paris, Gogoli (un village situé sur la falaise de Bandiagara, en plein pays Dogon, au Mali) et la plus grande île des Baléares, a toujours fait de la plongée et compare l’immersion sous-marine à celle qu’il vit quand il exécute ses grandes toiles à même le sol. «Je me mets en apnée. Je fais les mouvements justes, ou du moins j’essaie. Je retiens ma respiration, je compense la pression. Puis je remonte en expulsant l’eau de mer du tuba… Enfin, presque», poursuit le peintre majorquin.

Connu pour ses céramiques et ses œuvres monumentales, ce créateur insatiable privilégie pour cette exposition aux couleurs translucides sa passion du monde marin de son île natale, d’où émergent des créatures d’abysses, des formes derrière lesquelles on devine des sèches, des poulpes bleutés, des rascasses rouges, des pieuvres multicolores – un univers qui évoque parfois des peintures de Joan Miró, qui a aussi habité, à la fin de sa vie, à Majorque.

Comme toujours, les pigments que Miquel Barceló fabrique lui-même donnent corps à ses toiles. Une épaisseur de matières, comme du crépi, que l’on retrouve aussi dans les fruits issus de sa terre, tel les pièces Melon coupé ou Figues tardives.

Dans un tout autre registre, au milieu d’un banc de céphalopodes, le visiteur découvre une grande bête brune à cornes, qui n’est pas sans rappeler les peintures rupestres.

Rien de bien étonnant : le peintre catalan, fasciné par l’art pariétal, a visité de nombreuses grottes sur plusieurs continents, dont bien sûr celles de Lascaux (Dordogne) et d’Altamira (Espagne), vieilles d’environ quatorze mille ou quinze mille ans. Mais Barceló est catégorique : pour lui, celle de Chauvet (Ardèche) n’a pas d’équivalent. D’ailleurs, il a été choisi comme membre du comité de recherche scientifique pour superviser le fac-similé grandeur nature du site.

Après ce retour en forme olympique – option grand bassin -, Barceló sera à nouveau à l’honneur à Paris, l’an prochain, pour une exposition à la Bibliothèque nationale de France. Il y présentera ses gravures sur la tauromachie. Un autre accrochage aura lieu au musée Picasso. Il voue certainement une grande admiration au maître espagnol.

Un catalogue, rédigé par Enrique Vila-Matas et illustré de reproductions commentées par Rodrigo Rey Rosa, a accompagné cette brillantissime exposition parisienne. À suivre l’année prochaine pour des nouvelles merveilles à la BNF. Gravures sur la tauromachie! Sans doute, cela vaudra le coup…et le déplacement, s’il le faut. Parce que Barceló ne sèche jamais de bonnes idées, Barceló restera toujours inasséché.

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