Brève histoire de la notion d’art

Brève histoire de la notion d’art

Depuis au moins l’Antiquité, la philosophie s’interroge sur la nature de l’art.

Platon dans l’Ion et l’Hippias majeur ou Aristote dans la Poétique s’interrogent sur l’art en tant que beau. Toutefois, l’esthétique antique diffère parfois notablement des esthétiques postérieures et le mot grec technè, qui est l’équivalent le plus proche du français art, désignait dans la Grèce antique l’ensemble des activités soumises à certaines règles. Il englobait donc à la fois des savoirs, des arts et des métiers. Les muses grecques ne sont pas toutes associées aux arts tels qu’ils seront définis par la suite et la poésie, par exemple, n’était pas une « technè ».

La civilisation romaine ne distingua pas non plus clairement le domaine de l’art de celui des savoirs et des métiers bien que Cicéron et Quintilien y aient contribué par leurs réflexions. Ainsi, chez Galien, le terme d’«art» désigne un ensemble de procédés servant à produire un certain résultat : «L’art est le système des enseignements universels, vrais, utiles, partagés par tous, tendant vers une seule et même fin».

Dans cette acception du mot, qui a prévalu jusqu’à la fin du Moyen Âge, l’art s’oppose à la fois à la science conçue comme pure connaissance, indépendante des applications, et à la nature qui produit sans réfléchir. À l’idée de règle de production s’ajoute la considération de l’effort requis dans cette activité. Lorsque le mot est employé, il lui est généralement attaché une épithète qui le précise pour former des expressions telles que «arts libéraux», «arts mécaniques», «art militaire», etc. Et s’il arrive parfois que les arts libéraux soient visés par l’emploi du mot non qualifié « ars »; et ainsi, par exemple, l’astronomie était un «art libéral» tandis que le spectacle de «theatrica» restait un «art mécanique».

Jusqu’à la Renaissance, il n’y avait pas de différence précise entre l’artiste et l’artisan : on appela «artiste» un artisan dont la production était d’une qualité exceptionnelle. La différence ne commença à devenir plus précise que lorsque les artistes commenceront à s’émanciper des corporations pour faire allégeance aux académies et à la commande nobiliaire ou religieuse. C’est alors que le sens, maintenant familier, du mot «art» commença à se dégager : non seulement de nombreuses techniques s’en séparaient, mais de plus, après la découverte des règles de la perspective, l’aspect visuel y prendra une importance croissante.

C’est du siècle des Lumières que date la notion d’art aujourd’hui communément admise. Partant d’une réflexion sur les sens et le goût, une conception basée sur l’idée de beauté finira par s’établir. Avec Emmanuel Kant, l’esthétique acquerra le sens propre d’une théorie de l’art dont le mouvement romantique donnera les exemples paradigmatiques. L’importance de l’observation de règles passera alors au second plan tandis que l’intention de l’artiste, qui vise nos sens et nos émotions, deviendra primordiale.

Mais le XXe siècle, par ses pratiques et ses idéologies, remet en question tout ce qui avait pu être retenu au siècle précédent. Il conteste en particulier l’existence d’une essence de l’art qui se retrouverait à travers les âges et les civilisations, et donc le rêve d’une définition universelle. Il soulignera également le caractère parfois ambigu du rapport entre «beauté» et «art», par exemple lorsque l’œuvre d’art représente la nature de manière effrayante, voire repoussante.

C’est pourquoi le discours européen contemporain sur l’art comporte un risque d’anachronisme dans la mesure où, selon ce discours, l’art impliquerait une intention qui n’existe pas forcément en d’autres époques ou en d’autres lieux. L’Art préhistorique par exemple, se réfère à des éléments artistiques comme des peintures ou des sculptures, mais aucun texte ne précise si ces éléments étaient destinés à la contemplation, à des célébrations rituelles ou à d’autres usages. Dans certaines cultures (par exemple l’indienne ou la chinoise), de tels textes existent, mais il est difficile de déterminer dans quelle mesure les concepts utilisés, notamment ceux traduits en français par les mots «juste» ou «beau», sont identifiables à ceux utilisés en Occident. Peut-être, l’introduction d’une hypothèse d’art inconscient ou involontaire pourrait permettre de contourner ce type de difficultés.

On donne souvent des listes plus ou moins complètes de domaines constitutifs de l’art, en notant ce qu’à la suite de Wittgenstein on appelle des «ressemblances familiales» : l’art devient alors un ensemble de pratiques et de résultats qui partagent un certain nombre de traits, bien qu’aucun d’entre eux ne soit universel.

La liste classique des arts, telle que proposée au XIXe siècle par Hegel dans Esthétique ou philosophie de l’art, continue pour certains de servir de référence. Elle indique, sans se vouloir pourtant exhaustive, que les principaux arts sont au nombre de cinq: architecture, sculpture, peinture, musique, poésie. Par combinaison ou par prolongement, on parvient à développer indéfiniment cette liste en y ajoutant, par exemple, la danse, le cinéma, les arts graphiques, la bande dessinée, l’opéra, la photographie, etc.

Etiquettes: Art, artistes

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