La création artistique dans la loi

La création artistique dans la loi

Le 28 septembre les membres de l’Assemblée nationale française ont commencé l’examen en première lecture du projet de loi relatif à la création artistique, à l’architecture et au patrimoine. Et, ce jour-là, il n’y a pas eu de propos enflammés contre l’art contemporain, ni de véritable querelle sur l’article 1, aussi central que symbolique, qui stipule : « La création artistique est libre ». Étonnant de voir une telle phrase ouvrir un texte législatif, mais peut-être faut-il y apprécier une autre « exception culturelle à la française ».

De plus, il était aussi curieux d’entendre la ministre de la culture et de la communication, Fleur Pellerin, dire que « c’est dans la sobriété que cet article tire sa force ». La ministre a évoqué cette société « frileuse » qui « voudrait arrêter la marche du temps », entonne « le chant du repli » et « craint par-dessus tout l’effacement ».Du lyrisme, quoi…

Convaincue que cet article générera une jurisprudence nourrie devant les tribunaux, la ministre a tenu à réaffirmer la portée politique de ce projet de loi : « Ils sont rares ces moments où la représentation nationale a l’occasion d’inscrire dans la loi de nouvelles libertés ». Sur son chemin de crête, plutôt miné, la ministre a ajouté : « La liberté de création n’est pas une liberté sans responsabilité ».

En séance, tout juste a-t-on entendu Christian Kert (du groupe Les Républicains) s’en prendre au gouvernement pour avoir perdu du temps, dit-il, en introduisant en 2012 la soi-disant « théorie du genre » à l’école, au lieu de s’occuper de l’éducation artistique. « Ne cédez pas à la passion égalitaire ! », a-t-il lancé à Fleur Pellerin. Un commentaire qui, à mon avis, n’était pas en relation directe avec ce projet de loi. D’autres élus de l’opposition, tels François de Mazières ou Annie Genevard, ont surtout critiqué le contenu général du texte, ou déploré le manque de dialogue avec la majorité.
Mais la ministre savait qu’elle devait faire un geste. Des députés de tous bords avaient fait part de leurs doutes quant à l’efficacité de cet article 1. La création est libre, très bien, ainsi soit-il! Mais, n’est-ce pas au moment de leur diffusion que les œuvres sont attaquées ? Fleur Pellerin a donc présenté un amendement de dernière minute, que les parlementaires ont découvert en séance et adopté dans la foulée : à l’article 2, qui définit les missions de la politique en faveur de la création artistique, il est précisé que cette politique a pour objectif de « garantir la liberté de diffusion artistique ».

Cette courte phrase est un avertissement – ou une précision – à l’attention des élus locaux, qui se retrouvent parfois démunis devant telle demande d’annulation d’un spectacle, ou de fermeture d’une exposition. « Il est important de mentionner que la priorité des collectivités publiques est de faire en sorte que la création artistique soit diffusée et puisse être vue par le plus large public possible », lit-on dans l’exposé de l’amendement du gouvernement. Un peu plus tôt, Fleur Pellerin avait pu affirmer à la tribune de l’Assemblée: « Nous devons nous assurer que l’art puisse continuer à déranger ». Bon, tout est un peu étonnant et je ne suis pas sûr que le seul objectif de l’art soit de déranger, mais il faudra suivre la mise en œuvre et les résultats de ces déclarations d’intentions.

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