Que collectionnaient les impressionnistes?

À la Renaissance et jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, pour les artistes une collection constituait un investissement, un signe de distinction sociale, une ornementation pour ses appartements et un moyen pour assurer la formation des disciples et travailler d’après un vocabulaire iconographique.

Mais cette donne changea au XIXème siècle. Tandis que de grandes collections princières et nobiliaires gagnaient les musées et constituaient la base même de ces musées, apparurent de nouvelles classes de collectionneurs, et en particulier de collectionneurs issus de la bourgeoisie, maîtresse du capitalisme moderne.

Gustave Caillebotte fut ainsi le prototype de l’artiste qui, bénéficiant d’énormes ressources héritées d’un riche père industriel qui fournissait les draps pour les armées impériales, disposait de l’argent nécessaire pour satisfaire sa passion artistique sans avoir besoin de vendre ou de travailler.

Caillebotte s’imposa alors comme un véritable mécène et protecteur. Membre à part entière de la bande impressionniste, il savait de l’intérieur ce qu’enduraient ses camarades. De telle façon qu’acquérir une quantité importante de leurs tableaux revenait à soutenir, avec une empathie maximale, ce mouvement dont il était un acteur et qui se heurta à de grandes difficultés de reconnaissance. À signaler, par exemple, qu’en 1894, son legs à la République comprenait une soixantaine d’œuvres de ses contemporains les plus audacieux.

Convenons, donc, que ce type de collection, une collection comme celle de Caillebotte, était un mécénat envers les camarades sans le sou, mais un mécénat qu’on s’accorde aussi un peu à soi-même!

Toutefois, de nombreux artistes impressionnistes réussirent à se constituer des collections prestigieuses sans mise de départ. Leur privilège résida dans les échanges et dans les cadeaux amicaux auxquels ils se livrèrent volontiers, a fortiori dans leurs cas de maturation et de fertilisation croisée au sein du même groupe. Cela sera le cas entre Renoir et Monet, ou entre Bonnard et Vuillard, ou entre Derain et Matisse…et la liste serait interminable.

Mais nous devrons éviter cependant d’imaginer les artistes en collectionneurs exclusifs, focalisés sur les œuvres qui leur rassemblent ou sont susceptibles de nourrir leur démarche. On peut trouver évidemment des inclinations déconnectées de tout intérêt narcissique. Par exemple, en pénétrant dans la maison d’Henry Moore, à Perry Green au nord de Londres, on découvre dans le salon du sculpteur, qui a été magnifiquement préservé depuis sa mort, non des œuvres abstraites ou épurées, mais surtout des tableaux de Gustave Courbet ou d’Eugène Carrière et des dessins d’Honoré Daumier. Parce que les collections d’artistes ne révèlent pas toujours les arcanes de leur imaginaire, de leur processus de création et de leur personnalité, et de cette façon, elles ajoutent parfois à leur mystère.

Etiquettes: artistes, collectionneur

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