Richard Prince, un artiste libre et engagé

Richard Prince, un artiste libre et engagé

Voilà, en fin!, un artiste insoumis au droit d’auteur. Voilà comme l’on pourrait résumer la position iconoclaste de l’américain Richard Prince, dont la nouvelle exposition « New Portraits » à la Gagosian Gallery de New York crée la polémique entre les esprits ‘sensibles’ au régime féodal des droits d’auteur…

En reproduisant, sur des toiles grand format, des copies d’écran du réseau social Instagram représentant des photographies de personnalités ou d’anonymes publiées sur leur compte personnel, puis en vendant ces toiles apparemment sans autorisation spécifique des personnes concernées à des prix approchant les 100.000 dollars, Richard Prince cherche à défier la notion même de propriété intellectuelle. Quid des droits d’auteur sur lesdites photographies? M. Prince entend se prévaloir du « fair use » lequel, en droit américain, constitue une exception aux droits exclusifs de l’auteur sur son œuvre.

Si le bénéfice de cette exception en droit américain reste peut-être à démontrer, les experts hexagonaux sur la matière se sont vite interrogés sur la question de savoir si le droit d’auteur français, et continental Européen en général, offrirait aux « instagramers » « trollés » par Richard Prince des moyens de se défendre contre l’utilisation non autorisée de leurs photographies.

En droit français, toute photographie est susceptible d’être protégée par des droits d’auteur, à condition d’être « originale » ce qui suppose que l’œuvre porte l’empreinte de la personnalité de son auteur. Celui-ci se voit reconnaître des droits patrimoniaux lui permettant de s’opposer à toute reproduction ou représentation non autorisée, et des droits moraux dont notamment le droit à la paternité et le droit au respect de son œuvre. La violation avérée du monopole de l’auteur constitue une contrefaçon, passible de sanctions tant civiles que pénales qui, rappelons-le, sont susceptibles d’aller jusqu’à 3 ans de prison et 300.000 euros d’amende. Voilà, à mon avis, un cumul de non-dits, de privilèges, de murs, en tout cas, une très forte odeur à naphtaline…

Les exceptions au monopole de l’auteur sont limitativement énumérées par le Code de la propriété intellectuelle (et oui, en existe un, comme par hasard…!). La parodie est l’une d’elles. Pourrait-elle justifier l’activité de Richard Prince? Pour les puristes et les cabinets d’avocats spécialisés dans la protection des ‘droits’ il est permis d’en douter (ils restent, peut-être, dubitatifs sur le bien fait de ses affaires péagistes?).

Selon ces spécialistes de la protection des droits d’auteur, la parodie suppose une intention comique, ce qui pour eux ne semble pas être le cas des « New Portraits« . La discussion est cependant ouverte, M. Prince faisant apparaître dans ses œuvres des commentaires parfois provocateurs qu’il a lui-même postés sous les photographies reprises… avec l’intention manifeste de « rire » de l’omniprésence de l’image de soi dans notre société.

Ensuite, les monopolistes des droits et péagistes professionnels, considèrent que l’œuvre seconde doit se distancier suffisamment de l’œuvre première afin d’éviter une « confusion« . Et dans ce cas-là, Richard Prince pourrait soutenir que la distinction entre ses œuvres et les photographies d’origine résulte du concept même de la série, à savoir détourner de simples « posts » Instagram pour en faire de véritables œuvres d’art, à la manière d’un Warhol ou d’un Duchamp décrétant « art » ce qui a priori d’autres considèrent que n’en est pas.

Toutefois, pour ces partisans du status quo, si la commercialisation de l’œuvre parodique n’est pas exclue, la parodie suppose une absence de volonté de s’approprier l’œuvre préexistante. C’est probablement là, nous disent ces spécialistes des ‘droits’, que le bât blesse pour M. Prince, qui justement prône le « reappropriate art« …

Par ailleurs, à l’avis de cabinets censés de récupérer de l’argent pour certains artistes soucieux de leurs ‘droits’, les 38 « victimes » de M. Prince pourraient envisager d’agir sur le fondement des droits de la personnalité. Et dans ce cas-là, ils y ajoutent encore (voir l’article de Mrs. Marc Schuler et Axel Munier, du cabinet Bird&Bird, sur le Huffington Post du 5 juin: « Le ‘reappropriate art’ à la loupe du droit français: sans liberté de copier, point de salut ») « que, bien que tout « post » Instagram soit public, il n’est pas dit que celui qui en est à l’origine consente à la reproduction de son image par un tiers à des fins commerciales… Gageons que Prince, qui n’en est pas à un combat judiciaire près, aurait fort à faire pour trouver les arguments afin que « l’art » triomphe malgré tout ».

Personne ne peut deviner la fin de cette histoire, mais je suis ravi de constater l’énervement des ‘péagistes artistiques’ et les doutes des cabinets d’avocats spécialisés. Merci Mr. Prince pour réveiller les consciences et courage face aux corbeaux légalistes!

Etiquettes: artistes, Richard Prince

Pas de commentaires

Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.
Les champs obligatoires sont marqués avec:


Vous pouvez utiliser ces tags HTML et des attributs: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>