Un pessimisme éClairé ?

Jean Clair a publié cette année un livre intitulé « L’hiver de la culture », chez Flammarion, Collection Café Voltaire. Un livre acide mais aussi révélateur, lucide, à la fois pessimiste et avec une pointe d’amertume.

Qui est Jean Clair ? C’est un personnage bien connu dans le monde de l’art. Docteur ès lettres de la Sorbonne et docteur en philosophie de l’Art au Fogg Art Museum de l’Université de Harvard, il débuta comme chroniqueur d’art de la Nouvelle Revue française. Reçu au concours de conservateur en 1966, à 26 ans, il est successivement conservateur assistant des Musées de France, conservateur au Musée National d’art moderne, du cabinet d’art graphique du Centre Pompidou, conservateur général du Patrimoine et directeur du Musée Picasso de Paris. Il a également été commissaire d’un grand nombre d’expositions, professeur d’histoire de l’art à l’Ecole du Louvre et fondateur des Cahiers du Musée d’Art Moderne. De plus, il est membre de l’Académie française. Voilà donc quelqu’un qui connait bien ce milieu et qui prend régulièrement part aux débats entourant l’art contemporain et la diffusion de l’art.

Dans ce livre-pamphlet, Jean Clair annonce avec vigueur un âge glaciaire de la culture comme signe d’une crise de civilisation. Il s’attaque à la perte du sacré et au recul de la religion et il se demande si les œuvres d’art peuvent encore faire sens pour ceux qui les regardent…Il s’attaque aussi à un public incapable de comprendre les œuvres du passé et n’ayant que les artistes contemporains qu’il mérite. Des artistes qui aujourd’hui, contrairement aux avant-gardes du XXe Siècle, ne rêvent que d’entrer au musée « avec la mine contrite et réjouie du roturier admis dans la noblesse ». Et d’ajouter que les musées les accueillent de bonne grâce puisqu’ils sont devenus un rouage essentiel du marché de l’art…Jeff Koons ou Damien Hirst en sont la preuve.

Jean Clair est assez pessimiste sur l’avenir d’un art au service des financiers et des pouvoirs, un art dirigé comme des produits financiers, un art des masses qui ne comprennent pas ce qu’elles regardent, des masses qui font de longues queues devant les musées pour des expositions temporaires « fashion », une prétendue démocratisation qui cache un paresseux conformisme…un business sans illustration.

Avec un optimisme raisonnable, je voudrais croire que l’hiver décrit par Jean Clair laissera place bientôt à un prometteur printemps, même si lui n’y croit pas trop. A côté du pessimisme éclairé j’aimerais voir un optimisme aussi éclairé. On peut être ou non d’accord avec Jean Clair, mais à mon avis, il est salutaire de le lire pour être secoué et pour réfléchir sur l’art et le monde de l’art qui nous entourent.

 

Etiquettes: Culture, Jean Clair

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