Art Contemporain/ Patrimoine

Art Contemporain/ Patrimoine

Cet été j’ai eu la possibilité et la chance de visiter le Musée Soulages à Rodez. Et dans le petit rayon de livres de ce Musée j’ai acheté un petit opuscule de 30 pages qui a comme titre « De la pertinence de mettre une œuvre contemporaine dans un lieu chargé d’histoire », un livre qui sont les actes d’un colloque entre Pierre Soulages et l’historien Jacques Le Goff qui avait eu lieu au Centre Européen d’Art et de Civilisation Médiévale de Conques le 25 septembre 1995.

L’artiste visuel et le Président du comité scientifique de l’École Nationale du Patrimoine à l’époque essayent de répondre à la question: « Comment une création artistique contemporaine peut-elle s’insérer dans un monument millénaire en lui étant fidèle, tout en lui apportant du nouveau? ». Vaste question…

Pour Jacques Le Goff tout commence pour affirmer que le passé n’est pas mort, que le passée continue. Pour lui, « des potentialités longtemps en sommeil se révèlent. De nouveaux créateurs enrichissent les monuments du passé…Ainsi la défense du patrimoine ne consiste pas à conserver le monument comme simple vestige, à le maintenir mort…Défendre le patrimoine, conserver le patrimoine, c’est l’aider à continuer à vivre ». Et il y ajoute encore: « La vie d’un monument dans la durée implique qu’il subisse des transformations nécessaires pour qu’il suscite à chaque époque les émotions nouvelles qui font vibrer les hommes et les femmes nouveaux en nourrissant leurs sensibilités ». Parce que la vérité de l’artiste contemporain doit être non seulement consonante avec la vérité historique, mais aussi profondément originale, issue du génie de l’artiste et de celui de son époque.

Et voilà l’écho de l’artiste à ces propos: « Je me suis laissé inspirer par le monument tel qu’il est parvenu jusqu’à nous [l’Abbatiale de Conques], tel que je l’aime avec ma sensibilité de peintre, tel qu’il est aimé de nos jours. Et c’est au fond le monument lui-même qui m’a poussé à faire ce que j’ai fait. Bien sûr, on n’échappe pas à ce que l’on est. Je ne me suis jamais soucié d’être fidèle à ce que je suis: il suffit d’être fidèle à ce que l’on sent pour que ce que l’on fait soit en accord avec ce que l’on est ».

À mon avis, donc, une intervention d’art contemporaine dans un endroit historique ne doit pas se baser, évidement, à une espèce de restauration, mais plutôt à une projection dans le temps, orientée vers l’avenir. Vers l’avenir, pour réaliser, peut-être, ce désir de transmettre un patrimoine aux générations futures, mais derrière lequel se cache le besoin d’appel par lequel le monument historique n’est pas seulement un lieu de mémoire mais aussi un lieu d’être autrement.

Le patrimoine est un lieu où l’on peut s’appeler à vivre, où le passé devient passage du temps vivant, un lieu porteur d’une certaine contagion de la vie qui échappe au désenchantement actuel du monde. C’est par sa disponibilité même, son apaisement, dans lequel le visiteur investit son propre désir, que cette architecture du passé nous émeut.

L’artiste contemporain doit intervenir dans la matière et dans la vie même du monument, mais cette intervention doit se faire en consonance avec le sens originel et historique du lieu. Sans fausses récréations, sans néo- n’importe quoi. Cette intervention ne peut se faire qu’après une longue réflexion, en accord avec son utilité sociale et pour qu’il puisse poursuivre sa vie avec nous et nous avec lui. Avec beaucoup de respect et de sensibilité, sans stridences, sans volonté d’épater…Il faut faire un choix précis qu’il soit au même temps respectueux du monument, de notre regard, et pour qu’il le guide et le soutienne…Vaste et passionnant chantier.

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