Génocide culturel: destruction, trafic et contrebande

Génocide culturel: destruction, trafic et contrebande

Dans « Le Figaro » du 22 mai dernier, Eugénie Bastié a signé un magnifique article sur les djihadistes et leur opposition à la culture. Comme elle l’écrit « Quand ils entendent le mot ‘culture’, ils sortent leur bulldozer…Les djihadistes de Daech manient aussi bien la pioche que la kalachnikov. Depuis la prise de Mossoul l’été dernier et la proclamation du califat, les destructions de sites antiques et d’œuvres millénaires s’enchainent sur les territoires conquis en Irak et en Syrie. Quel est donc l’objectif des islamistes? Radier du paysage culturel tout ce qui est antérieur à la fondation de l’islam, notamment les vestiges parthes et assyriens. Ils visent également les sanctuaires chiites, ennemis irréductibles du fanatisme sunnite. Cette guerre contre la culture est aussi une provocation adressée à l’Occident, dont les caméras sont braquées sur les chefs-d’œuvre en péril.

Quel est le bilan de ces actions directes contre le patrimoine culturel? Voici une première liste d’urgence:

• Le tombeau de Jonas
C’était encore l’époque où Daech s’appelait EEIL (État islamique en Irak et au Levant). Le 24 juillet 2014, après la prise de Mossoul, les djihadistes décident de faire exploser le tombeau de Jonas, considéré comme un lieu d’apostasie. Construit au VIIIème siècle, le mausolée était un haut lieu de pèlerinage chiite. Auparavant les djihadistes avaient déjà détruit sept lieux de culte chiites dans les environs de Mossoul.

• Les lions assyriens de Raqqa
Deux magnifiques lions assyriens ont été détruits au bulldozer dans le centre-ville de Raqqa, ville syrienne devenue la capitale de l’État islamique.

• La bibliothèque et le musée de Mossoul
En janvier 2015, 2000 livres issus de la collection de la Bibliothèque de Mossoul sont brulés devant les caméras. Des livres pour enfants, de poésie, de philosophie, de santé, de sport et de sciences, ainsi que les journaux datant du début du XXe siècle, des cartes ottomanes et des collections privées offertes par les vieilles familles de Mossoul partent en fumée. Certains manuscrits anciens ont pu être sauvés de justesse grâce à des moines dominicains présents à Mossoul.
Juste un mois après, les djihadistes de l’État islamique publient une vidéo sur YouTube mettant en scène la destruction systématique d’antiquités assyriennes au musée de Mossoul. On y voit les islamistes, armés de masses et de marteaux piqueurs réduisant en miettes des statues datant du VIIème siècle avant Jésus-Christ.

• La ville assyrienne de Nimroud
Le massacre du patrimoine assyrien se poursuit avec la destruction de la cité historique de Nimroud à coup de bulldozer et d’explosifs en mars 2015, d’après le ministère du Tourisme et des Antiquités irakien. Ce joyau archéologique irakien date du 13ème siècle avant Jésus-Christ. Des bas-reliefs de 3000 ans, les fameux «lions de Nimroud», les frises, les taureaux androcéphales, tout pourrait avoir disparu. Impossible pour le moment de constater l’ampleur des dégâts.

• La cité antique d’Hatra
En avril dernier, le groupe État islamique a mis en ligne une vidéo de 7 minutes montrant des djihadistes en train de détruire à coup de fusil et de pioches des antiquités sur le site irakien de Hatra.
Hatra, cité antique vieille de 2.000 ans inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, est située à 100 km au sud de Mossoul, dans le nord de l’Irak.
«L’Etat islamique nous a envoyés pour détruire ces idoles parce qu’elles sont vénérées à la place de Dieu», explique l’un des deux djihadistes s’exprimant dans la vidéo, qui n’est pas datée.
«Des organisations apostâtes ont assuré que la destruction de telles antiquités était un crime de guerre, donc nous allons les détruire» affirme l’un des islamistes.

• Palmyre?
La menace du marteau-piqueur plane désormais sur la cité antique de Palmyre, tombée aux mains des islamistes mercredi soir. L’Unesco a appelé à une cessation immédiate des hostilités pour sauver «l’un des sites les plus significatifs du Moyen-Orient et la population civile qui s’y trouve». La ville, baptisée la «perle du désert syrien», abrite en effet un des joyaux de l’Antiquité.

Etquand l’État islamique ne détruit pas, il pille. Les patrimoines syrien et irakien sont devenus une manne financière non négligeable pour les djihadistes, et la principale source de financement du terrorisme dans la région, après le pétrole.Presque 1800 des 12.000 sites archéologiques irakiens se trouvent dans des zones contrôlées par l’EI. En Syrie, le trafic d’antiquités avait commencé avant Daech, mais les islamistes ont intensifié la contrebande. Les fouilles clandestines, destinées au trafic, se multiplient sur tous les sites historiques, notamment à Palmyre. L’historien Pascal Butterlin qualifie le saccage patrimonial en Syrie «la plus grosse catastrophe patrimoniale depuis la Seconde guerre mondiale ».

«Ces attaques répétées contre le patrimoine mondial de l’humanité s’inscrivent dans une sinistre politique génocidaire», estime Deborah Lehr, présidente d’Antiquities Coalition, un organisme américain. Et oui, c’est un génocide culturel de l’Irak et de la Syrie basé sur la destruction, le pillage et le trafic. Et nous Occident, est-ce que nous réagirons contre ce génocide ou nous ne ferons que pleurer plus tard sur les miettes d’un patrimoine mis à terre? Et l’Unesco, bien, merci, c’est l’heure de la sieste…

Etiquettes: Culture, patrimoine

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