L’art moderne et l’innovation destructrice

L’art moderne et l’innovation destructrice

Luc Ferry, qui ne laisse jamais indifférent personne, vient de publier « L’innovation destructrice » (Éditions Plon, 2014), un livre qu’il a écrit parce qu’il serait temps « de se faire une idée claire des raisons pour lesquelles le capitalisme, comme l’avait déjà compris l’un des plus grands économistes du XXe siècle, Joseph Schumpeter, nous voue de manière inéluctable à la logique perpétuelle de l’innovation pour l’innovation et, par là même, c’est tout un, à celle de la rupture, elle aussi incessante avec toutes les formes d’héritage, de patrimoine et de tradition ». Pas mal comme introduction au sujet…

En s’appuyant sur ces considérations et avec une minutieuse analyse, Luc Ferry établit le principe qu’il existe une innovation destructrice, caractérisée pour être le contraire de la destruction créatrice, par le non-sens, par la ‘BFMisation’ de l’info, et par l’embourgeoisement de la bohème et l’encanaillement de la bourgeoisie…Pas mal, non plus.

Mais je voudrais attirer votre attention sur trois chapitres de cet ouvrage (presque la moitié du livre) qui sont en relation avec l’art. L’un a comme titre ‘L’art moderne ou l’innovation destructrice à l’état chimiquement pur’ (olé!), le deuxième est ‘Le triangle de Kandinsky’ et le troisième, avec un titre moins résonnant, ‘L’avenir de l’art’. Donc, comme c’est Luc Ferry qui nous écrit, voyons qu’est-ce qu’il dit.

La charge d’entrée est lourde: « C’est sans doute dans cet art qu’on a dit ‘moderne’, puis ‘contemporain’, que la logique capitaliste de l’innovation destructrice a atteint son sommet -ce qui nous permet de comprendre au passage le succès paradoxal qu’il rencontre dans le monde bourgeois et le désintérêt quasi général qu’il suscite dans ce qu’on appelait naguère encore le peuple, disons le monde ouvrier et paysan. En témoignent de manière plaisante mais hautement significative ces anecdotes récurrentes qui rapportent les mésaventures d’une malheureuse femme de ménage ayant ‘nettoyé’ une baignoire crasseuse, débarrassé une table ou vidé un cendrier plein de mégots sans s’apercevoir qu’il s’agissait d’un ‘chef-d’œuvre’ de Daniel Buren, Damien Hirst ou Paul Branca ». À mon avis, trop schématique, trop d’émotion, peu d’analyse…la même situation que quand il nous parle des « artistes de gauche, acheteurs de droite ». On a la sensation d’un ‘déjà-vu’, d’esquisses légères, pas au niveau de l’auteur, même s’il mentionne des réalités objectives. On aurait aimé un peu plus d’effort et un peu moins de slogans. Mais suivons-le, puisqu’il se demande comment on a pu en arriver là…

Pour Luc Ferry, « nous devrions pouvoir au moins nous accorder sur nos différends, pouvoir chercher ensemble à comprendre comment [l’Art] a pu en arriver là…Comment comprendre la passion des bourgeois pour leur double opposé? Pourquoi l’industriel ou le banquier aux bureaux somptueux et aux appartements à dorures veulent-ils à tout prix s’encanailler avec le bohème dont le rêve le plus pressant est de quitter au plus vite mansarde et vache enragée? »

Luc Ferry a un problème avec l’art contemporain ou avec l’argent qui a fait main basse sur l’art contemporain! A-t-il un problème avec les grands bourgeois qui s’encanaillent, à son avis, ou avec les bohèmes qui veulent changer de conditions? Après lecture attentive de ce petit livre, on constatera que les problèmes de Luc Ferry avec ce monde-là restent non résolus. Dommage!

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