Roberto Longhi, collectionneur

Roberto Longhi, collectionneur

Un article précédent a essayé de vous faire connaître l’historien de l’art et critique d’art Roberto Longhi, personnage singulier du monde de l’art du XXe siècle qui a marqué avec ses études et ses ‘équivalences verbales‘ tout un mode de liaisons entre l’art du Quattrocento et du Cinquecento et l’art contemporain… entre Piero della Francesca et Cézanne ou entre Caravage et Courbet.

Cet article est consacré à son esprit de collectionneur qui lui a permis de rassembler une collection passionnante. La collection qu’il constitua et qu’il légua à la « Fondazioni di Studi de Storia dell’Arte Roberto Longhi » dont le siège est à Florence, en même temps que ses archives, sa bibliothèque et sa photothèque, est vraiment unique et passionnante.

La collection est étroitement liée aux recherches du spécialiste, qu’elle reflète et auxquelles elle servit de support, parce qu’il faut bien noter que Longhi écrivait au plus près des œuvres, d’une certaine façon porté par elles.

Même s’il collectionna avec des moyens financiers réduits, son œil infaillible et son flair compensèrent en partie ce manque de fortune. C’est ainsi, avec l’œil et le flair, qu’il acquit dans les années 1920, le très spectaculaire « Garçon mordu pour un lézard« , où il allait reconnaître un original de Caravage, et qui deviendra au fil des temps le chef-d’œuvre de la collection.

Cet achat-découverte illustre parfaitement l’intérêt de Longhi pour les écoles de l’Italie du Nord, dominées par une sensibilité naturaliste que lui sut déceler dès les peintres du Trecento, comme Vitale da Bologna dont il acquit une émouvante Pietà. Une sensibilité qui persista jusqu’au XVIIIe siècle.

À une époque où le goût dominant, forgé par des historiens comme Bernard Berenson, allait vers l’art de la Renaissance, le noyau de la collection Longhi ira vers les peintures du Seicento, avec des pièces de Guido Reni, Giovanni Lanfranco, et surtout les caravagesques, tels que Orazio Borgianni (« Déploration du Christ », vers 1615, huile sur toile), Carlo Saraceni, Matthias Stomer, Dirk Van Baburen, le Maître du Jugement de Salomon ou Ribera (« Saint Thomas« , vers 1612, huile sur toile), entre d’autres.

Un autre des chefs-d’œuvre de la collection constituée par Longhi est la pièce « Suzanne et les vieillards » de Mattia Preti, qu’il fit restaurer, jusqu’à faire enlever le repeint d’époque qui cachait la pulpeuse et audacieuse nudité de l’héroïne lancée en avant, vers le bras du spectateur du tableau. Nul doute que pour lui, cette restauration poussée jusqu’à retrouver l’intention du peintre devait avoir valeur de jugement critique, puisqu’il avait fallu trancher entre la convenance apparente et la vérité, la vérité enfouie et révélatrice du tempérament du peintre calabrais.

Mais la collection, d’une richesse inouïe, abrite aussi des belles œuvres prestigieuses de Giotto (« Saint Jean l’Evangéliste« , vers 1320, tempera et or sur bois), de Piero della Francesca (« Saint Jérôme avec un dévot », vers 1460, tempera et huile sur bois), du Caravage (« Le Couronnement d’épines« , c. 160, huile sur toile), de Masaccio, ou de Battista del Moro (« Judith avec la tête d’Holopherne », vers 1550, huile sur toile), mais aussi de Carlo Carrà ou de Giorgio Morandi (« Nature morte« , 1954, huile sur toile).

En définitive une collection exceptionnelle, construite avec l’œil et le flair d’un critique et historien d’art exceptionnel et mise au service des savants et du public. Grazie mille Signore Longhi!

Avec cet article nous commençons une période d’accalmie. Joyeuses vacances et jusqu’au premier jeudi de septembre!

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