À l’aube de l’estampe occidentale (2)

À l’aube de l’estampe occidentale (2)

Si dans l’article précédent ont a mis l’accent sur les gravures d’inspiration, sujet ou tonalité religieuse, dans cet article nous allons approfondir sur les xylographies non religieuses.

Les rares xylographies non religieuses ont pour motif des allégories profanes d’inspiration populaire, des alphabets figurés, des illustrations, des satires, des armoiries ou des cartes de vœux. Ces xylographies ont pour auteur des artisans laïcs qui travaillent d’abord pendant près de cent ans dans les ateliers monastiques à l’abri des procès de maîtrise, puis officiellement dès le milieu du XVe siècle lorsqu’ils peuvent signer leurs œuvres sans craindre les représailles des corporations des enlumineurs, peintres ou scribes, jusqu’à alors et pour longtemps détenteurs exclusifs de droit de produire des images accompagnées d’inscriptions.

Ce sont également les cartiers qui s’emparent de la xylographie. Les premières cartes à jouer, délassement réservé à la noblesse, apparaissent d’abord à Venise, semble-t-il, sous le nom de ‘naïbis’ ou de ‘tarots’, puis dans le Haut-Rhin.

Sujets pieux ou profanes, les xylographies du XV e siècle sont la plupart du temps le fruit de la collaboration d’un artiste créateur, le ‘pinctor’ et d’un tailleur de formes, l »insignor lignorum’, le plus souvent moines l’un et l’autre. Tandis que le premier trace le dessin sur le bloc, le second se charge de la gravure proprement dite en ‘détourant’ d’abord chaque trait et aplat noir du dessin puis en ‘champlevant’ à la gouge, aux maillets et aux ciseaux plats, plus ou moins larges, les vastes plages devant rester à l’abri de toute maculature. L’œuvre, une fois imprimée sur papier, est ensuite dans certains cas rehaussée de couleurs.

Les ‘incunables’ du XVe siècle ne sont donc pas encore de véritables estampes en couleurs, mais simplement des estampes coloriées. La différence entre une estampe coloriée et une estampe en couleurs est clairement définissable. Dans le cas d’une estampe coloriée, les couleurs sont posées sur papier après impression en noir d’un graphisme préalablement gravé dans une ‘planche de trait’. Il s’agit alors d’une sorte d’enluminure.

Dans le cas d’une estampe en couleurs, il faut savoir que les planches elles-mêmes sont encrées en couleurs avant de l’impression. Cette véritable technique de l’estampe polytonale ne fera son entrée dans l’histoire de l’estampe qu’au tout début du XVIe siècle avec les ‘camaïeux’ allemands de Lucas Cranach, Hans Burgkmair, Hans Baldung Grien ou de Johann Wechtlin, puis les ‘chiaro escuro’ (clairs-obscurs) italiens, essentiellement d’Ugo da Carpi.

Voilà donc deux modes d’expression de la gravure sur bois qui ont pour dénominateur commun la recherche de modulations chromatiques en ton sur ton. Les ‘chiaro escuro’ se distinguent cependant, en général, par l’absence d’une planche de ‘trait continu’, ce qui leur donne une allure aquarellée d’un grand charme.

Quels sont les principaux lieux de conservation des ‘incunables’ de l’estampe occidentale? Nous pouvons faire une liste intégrée par la Bibliothèque Nationale de France. la Cabinet Edmond de Rothschild du Musée du Louvre (Paris), le Rijksmuseum d’Amsterdam, l’Albertina de Vienne, le British Museum de Londres et les Staadtlische Graphische Sammlung de Munich (Bavière) et de Berlin.

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